Le potager ne se limite pas aux légumes ! Pour créer un écosystème plus équilibré, favoriser la biodiversité et attirer les insectes utiles, certaines fleurs sont de véritables alliées. Elles fournissent du nectar et du pollen aux pollinisateurs, abritent des auxiliaires, peuvent détourner certains ravageurs et contribuent à diversifier les plantations.
Œillet d’Inde, capucine, lavande, souci ou bourrache : ces cinq fleurs sont faciles à cultiver et trouvent naturellement leur place entre les rangs de légumes ou en bordure du potager. Attention toutefois aux idées reçues : aucune fleur ne constitue à elle seule un répulsif universel ni une protection absolue contre les maladies. Leur principal intérêt réside dans la diversité biologique qu’elles apportent au jardin.
| Fleur | Principal intérêt | Où la placer ? | Semis / plantation |
| Œillet d’Inde | Biodiversité, auxiliaires, action possible sur certains nématodes | Tomates, aubergines, bordures | Semis sous abri en fin d’hiver, plantation après les gelées |
| Capucine | Plante-piège pour certains pucerons, fleurs comestibles | Bordures, courges, choux, haricots | Printemps, après les fortes gelées |
| Lavande | Très attractive pour les pollinisateurs | Bordure sèche et ensoleillée | Printemps ou automne en climat doux |
| Souci | Nectar et pollen pour syrphes et autres auxiliaires | Entre les légumes et en bordure | Semis direct du printemps à l’été |
| Bourrache | Très mellifère, attire abeilles et bourdons | En bordure ou dans les espaces libres | Semis direct à partir du printemps |
Symbole des jardins de grand-mère, l’œillet d’Inde est également un grand classique du potager. Compact, florifère et facile à cultiver, il peut être installé entre les légumes ou le long des planches de culture.
Il est souvent planté près des tomates, des aubergines ou des poivrons. Sa réputation de plante protectrice vient notamment de l’effet observé chez certaines espèces de Tagetes sur des nématodes parasites du sol. Cette action ne signifie toutefois pas que quelques œillets dispersés éliminent tous les nématodes : l’efficacité dépend de l’espèce cultivée et du parasite visé.
Son odeur caractéristique peut également perturber certains insectes, mais l’effet répulsif sur les pucerons ou les aleurodes ne doit pas être considéré comme une protection garantie. En revanche, ses fleurs participent activement à la diversité du potager et attirent différents insectes.
On peut le semer sous abri en février-mars puis repiquer les jeunes plants après les dernières gelées, généralement en mai. Il aime le soleil et fleurit jusqu’à l’automne.

La capucine attire les pollinisateurs mais aussi certains pucerons, ce qui peut en faire une plante-piège.
La capucine possède une stratégie intéressante au potager : loin de repousser systématiquement les pucerons, elle peut au contraire en attirer certaines espèces. Elle joue alors le rôle de plante-piège, concentrant une partie des colonies sur elle.
Cette propriété peut être utile, mais elle demande de la surveillance. Une capucine couverte de pucerons peut aussi devenir un foyer à proximité des cultures. Heureusement, ces colonies attirent souvent syrphes, coccinelles et autres prédateurs naturels.
Il existe des capucines naines, idéales en bordure, et des variétés grimpantes capables d’habiller un support. Ces dernières se marient très bien aux haricots grimpants sur un tipi ou une petite structure en bois.
Elle peut être semée directement au printemps lorsque le risque de forte gelée est passé.

En bordure du potager, la lavande constitue une remarquable source de nectar pour les pollinisateurs.
La lavande trouve idéalement sa place en bordure du potager. Son grand atout est sa floraison particulièrement attractive pour les abeilles, bourdons, papillons et différents insectes pollinisateurs.
Elle est parfois présentée comme une plante capable de repousser pucerons ou fourmis. Son parfum peut effectivement perturber certains insectes à courte distance, mais son principal intérêt au potager reste surtout l’accueil des pollinisateurs et la diversification des habitats.
Plantez-la au soleil dans un sol très bien drainé. Selon la variété, laissez environ 40 à 60 cm entre deux plants afin qu’ils puissent former une petite bordure régulière.
Une taille légère après floraison aide à conserver une touffe compacte. Évitez toutefois de couper dans le vieux bois dépourvu de feuilles, sur lequel la lavande repart difficilement.
Le souci, Calendula officinalis, est l’une des fleurs les plus faciles à intégrer au potager. Il se sème directement en place, fleurit durant une grande partie de la belle saison et accepte aussi bien le soleil que la mi-ombre légère.
Il peut être installé à proximité des tomates, laitues, choux, courgettes, aubergines ou carottes, non parce qu’il constituerait une barrière absolue contre leurs ravageurs, mais parce que ses fleurs contribuent à attirer une faune auxiliaire diversifiée.
Les syrphes apprécient notamment les fleurs de souci. Or leurs larves consomment de nombreux pucerons. C’est l’un des meilleurs exemples d’une protection indirecte obtenue en favorisant les auxiliaires plutôt qu’en cherchant à repousser tous les insectes.
Les affirmations selon lesquelles ses racines « assainiraient » systématiquement les sols ou empêcheraient les maladies cryptogamiques sont en revanche à nuancer : au potager, son bénéfice le mieux établi reste avant tout écologique.
La bourrache est l’une des plantes mellifères les plus intéressantes à laisser pousser autour du potager. Ses fleurs bleues produisent du nectar recherché par les abeilles, les bourdons et de nombreux autres insectes pollinisateurs.
On affirme parfois qu’elle repousse certains ravageurs de la tomate ou qu’elle améliore directement la résistance des fraisiers. Ces effets sont difficiles à généraliser. Son intérêt le plus évident tient surtout à sa capacité à nourrir les pollinisateurs et à fournir une floraison généreuse avec très peu d’entretien.
Elle se sème directement en pleine terre à partir du printemps. Une fois installée, elle produit de nombreuses graines et peut se ressemer abondamment d’une année sur l’autre.
Il n’est pas nécessaire de remplir chaque rang de légumes de fleurs. Quelques emplacements bien choisis suffisent pour créer une véritable trame favorable à la biodiversité.
| Emplacement | Fleurs adaptées | Intérêt |
| Entre les légumes | Œillet d’Inde, souci | Apporte nectar, pollen et diversité sans prendre trop de place |
| En bordure | Lavande, souci, capucine naine | Crée une bande fleurie durable autour des cultures |
| Sur un support | Capucine grimpante | Occupe l’espace vertical et attire de nombreux insectes |
| Dans un coin libre | Bourrache | Offre une source importante de nectar sans gêner les rangs de légumes |
Ces cinq espèces ne sont évidemment pas les seules intéressantes. Un potager diversifié peut également accueillir du thym, de l’origan, de la ciboulette, du fenouil, de l’aneth ou de la coriandre laissés en fleurs. Ces plantes aromatiques attirent une multitude de petits pollinisateurs et d’auxiliaires.
Le myosotis peut compléter les bordures printanières. La tanaisie, plus vigoureuse, demande davantage de maîtrise car elle peut devenir envahissante et contient des substances qui imposent de la prudence dans ses usages domestiques.
L’objectif n’est donc pas d’accumuler des plantes présentées comme « répulsives », mais de créer un potager diversifié où floraisons, légumes et plantes aromatiques se succèdent pendant toute la saison.
Crédits photos : Œillet d’Inde : ©cycreation, ©Photlook Fotolia Capucine : ©Varts – stock.adobe.com Abeille dans la lavande : ©Lo Kiki Fotolia Souci : ©Papaya45/Pixabay Bourrache : ©Virginie-l/Pixabay
Sous la responsabilité de Rodolphe Decroix, directeur de la publication.